La colère des médecins hospitaliers

Publié le par SPHAB/CGT (56-Guémené)

La colère

des médecins hospitaliers

Par André Grimaldi

Chef du service de diabétologie à la Pitié-Salpétrière (1)

 

 

« Une querelle de mandarins ! », telle a été la réponse de la ministre de la Santé, qui a refusé de recevoir une délégation à la grande manifestation unitaire du 28 avril.

 

Cette manifestation a rassemblé, à l'appel du Mouvement de défense de l'hôpital public (MDHP) et de l'intersyndicale (CGT, FO, CFDT, CFTC, SUD, CGC), environ 15 000 personnels médicaux et non médicaux, essentiellement de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris, rejoints par d'autres personnels d'hôpitaux de l'Île-de-France et de province.

 

 Médecins, infirmières, aides-soignantes, agents hospitaliers, secrétaires, personnels administratifs et ouvriers au coude-à-coude, du jamais vu ! Le gouvernement, en ne parlant que de gouvernance, cherche à réduire la discussion à une querelle de pouvoirs entre le directeur et les médecins.

 

Ce faisant, il escamote le débat essentiel sur la finalité de cette gouvernance. Pour le gouvernement, le but est l'équilibre financier. C'est la mission première du directeur et c'est pour cela qu'il doit avoir tous les pouvoirs en devenant un PDG, au salaire variable en fonction des résultats. Il pourra aussi être révoqué s'il ne les atteint pas.

 

Que vont faire les nouveaux PDG des 29 sur les 31 centres hospitalo-universitaires (CHU) en déficit ? Ils vont développer les activités rentables (cataractes, dialyses, chirurgie simple...) et réduire les activités non rentables (chirurgie complexe, sida, poly pathologies, pédiatrie...). Et comme cela ne suffira pas, les nouveaux PDG hospitaliers vont diminuer le nombre des personnels sans autre justification que l'équilibre des comptes.

 

Sont d'ores et déjà décidées 1 200 suppressions d'emplois à Paris, 650 à Nancy, 400 à Nantes, 400 à Caen, 550 au Havre, 20 000 sont prévues sur quatre ans. Cette réduction autoritaire et massive des emplois se fait au nom d'une « convergence » entre les établissements. Le gouvernement, sous la pression du mouvement, vient de reporter de 2012 à 2018 le projet de convergence public privé qui ne peut être qu'une forme de concurrence déloyale. Encore un effort : nous lui demandons d'y renoncer et de rétablir les emplois supprimés.

 

(1) Auteur de l'Hôpital malade de la rentabilité. Éditions Fayard, 2009.

 

Article publié dans l'Humanité du 4 mai 2009-rubrique : l'invité de la semaine

 

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