Après sa garde à vue, Charles Hoareau répond aux questions de «Rouge Midi»

Publié le par SPHAB/CGT (56-Guémené-sur-Scorff)

Après sa garde à vue, Charles Hoareau répond aux questions de «Rouge Midi»

 


 

Rouge Midi : Quelle est ta première réaction à la sortie de ta garde à vue ?

 

Charles Hoareau : Tout d'abord je voudrais dire que mon souci dans cette affaire ce n'est pas ce qui m'arrive mais ce qui arrive aux salarié-e-s car c'est le fond de l'affaire et c'est à cela que la presse doit s'intéresser : qui sont ceux qui ont porté plainte et pourquoi ils l'ont fait ?

 

 

 

Le fond de l'affaire c'est qu'il y a bientôt 2 ans que des salariés sont dans un vide juridique, ni licencié-e-s, ni salarié-e-s, car ils ont été littéralement mis à la porte, par le donneur d'ordre ADOMA (ex-SONACOTRA où l'Etat est majoritaire), celui-ci ayant décidé de se débarrasser de salariés qui lui avaient imposé 11 embauches l'année d'avant.


Le fond de l'affaire c'est que des associations dites d'insertion, des régies des quartier, se sont rendues complices de la manœuvre au nom de leur vocation sociale : avec l'aide des pouvoirs publics, elles font travailler, via le RSA et des emplois aidés pour chômeurs longue durée, des salarié-e-s qui touchent entre 500 et 700€ en lieu et place de salarié-e-s qui en touchaient le double !


Le fond de l'affaire c'est que lors de la seule table ronde qui a eu lieu, le 16 novembre 2007 (et à laquelle d'ailleurs les régies ont refusé de participer), la seule proposition d'ADOMA a été de payer les licenciements alors que les salariés avaient choisi l'emploi et c'est tout à leur honneur. Ils ne voyaient pas pourquoi on aurait du les licencier après 16 ans d'ancienneté...

 
Le fond de l'affaire c'est aussi qu'à partir de cette lutte pour l'emploi, de 39 salarié-e-s dont le courage et l'intelligence a surpris des gens habitués à les croiser sans les voir [1] on a découvert des pratiques qui relèvent du pénal et qui s'appellent : travail dissimulé, violation des règles des marchés, surfacturations...et qu'à ce jour nous n'avons reçu aucune réponse à notre plainte au pénal déposée il y a près d'un an à ce sujet

 
Le fond de l'affaire c'est que les pouvoirs publics (Etat et Conseil Général [2]), financeurs et décideurs d'ADOMA et des régies, ne sont jamais intervenus pour faire avancer le dossier alors qu'ils se sont engagés à de multiples reprises pour le faire.

 

Enfin le fond de l'affaire c'est qu'alors que nous voulions une solution négociée, nous avons été contraints par nos adversaires d'aller devant la justice et que depuis, malgré 7 décisions de justice en leur faveur, les salariés n'ont été ni réintégrés, ni payés.


ADOMA refusant d'assumer ses responsabilités, il y a en plus un risque que des PME (les entreprises sortantes) ferment et mettent des dizaines de salarié-e-s au chômage.

 

On est devant un scandale du droit du travail et du droit des affaires aux relents politico-mafieux conforté par les lenteurs pour ne pas dire plus de la justice, l'affaire ADOMA, c'est ça et d'abord ça !

 

RM-Mais alors quel lien avec ta garde à vue ?

 

C.H : Le lien c'est qu'à un moment donné, malgré tous les freins qui sont mis [3], malgré les personnages et les institutions en cause, malgré les intérêts financiers en jeu, devant la détermination des salariés, il va bien falloir leur donner raison, que justice se fasse... Et assumer les conséquences financières, c'est-à-dire les salaires dus depuis le 12 novembre 2007 et les dommages et intérêts qui vont inévitablement avec !

 

Pour tenter d'éviter cela le 7 avril, dans une audience qui a décidé d'un nième report, ce qui a provoqué une colère légitime des salariés, nos adversaires ont cherché à tout prix un incident qui n'est pas venu...Et alors ils l'ont inventé afin de nous détourner du fond de l'affaire.

 

C'est bien connu quand on ne peut pas critiquer un combat, on tente de le discréditer en s'attaquant aux personnes qui le portent.

 
Les plaintes intervenant dans un contexte de criminalisation de l'action militante, [4] le pouvoir a tenté de faire un exemple car ce qui était visé c'était la comparution immédiate et la sanction qui n'aurait pas manqué d'aller avec.

 

Le responsable du commissariat l'a d'ailleurs bien dit aux militants de la CGT qu'il a reçus : « C'est une affaire politique qui nous échappe totalement, c'est au dessus du parquet de Marseille [5] si ce n'était pas Charles Hoareau, il ne serait pas là... »

 
D'ailleurs je tiens à souligner que lors de ma garde à vue j'ai été remarquablement bien traité par des policiers qui hallucinaient devant la tournure des évènements et étaient tributaires du parquet qui ne cessait de retarder ma libération et tentait par tous les moyens de trouver un motif à ma comparution immédiate.



 


RM : Et il n'y est pas arrivé...


CH : Il n'y est pas arrivé pour plusieurs raisons:

 
-  Le dossier est vide puisque je suis accusé par deux personnes sans témoin d'avoir proféré des menaces et fait des violences légères alors que la police a fait entendre 6 témoins, dont l'avocat des salarié-e-s  [
6] qui ont tous affirmé qu'au contraire j'avais tenté de calmer des salarié-e-s et dissuadé certains d'entre eux de faire une grève de la faim sur place. D'ailleurs, fait suffisamment rare pour être souligné, à ma sortie de la garde à vue un policier a déclaré à la presse : « la confrontation a montré qu'aucun coup n'a été porté »

 
-  Les salarié-e-s ont montré lors de leur audition, leur détermination tranquille et leur refus de tomber dans la provocation. Ils ont dit ce qui s'était réellement passé et leur franchise était évidente

 
-  Enfin il y a eu cette extraordinaire mobilisation aux portes du commissariat Noailles pendant les 28h de ma garde à vue. Pendant tout ce temps des dizaines de gens se sont relayés en criant des slogans pour ma libération. Le journal La Provence que l'on ne peut taxer d'être « pro-cégétiste » a parlé d'un roulement de 500 personnes !

 

 Et pourtant ma garde à vue n'avait pas été annoncée et pour cause, c'est la CGT qui a mobilisé et le bouche à oreille qui a fait le reste...

 


Le tramway ne peut plus circuler

 

 

RM : Comment tu l'expliques et qu'est ce que tu as ressenti devant cette mobilisation ?


CH : Il y a le fait que des militants et dirigeants de la CGT des Bouches du Rhône comme Avelino ou Serge se sont démenés, le fait aussi que des militants d'autres organisations (FSU, SUD..) se sont aussi inscrits dans cette solidarité, des associations diverses comme le MRAP, le collectif 13 droits des femmes ou le mouvement de la paix, mais aussi des associations de quartier comme Quartiers Nord, Quartiers Forts et puis les organisations politiques en particulier le PCF qui a mobilisé élus et militant-e-s, le NPA , LO, j'en oublie sûrement....et bien sûr Rouges Vifs !


Mais il a aussi tous ces gens divers, ce que certains appellent avec mépris le bas peuple, qui sont venus dès qu'ils l'ont su : chômeur-se-s, anciens sans papiers, précaires, salarié-e-s du nettoyage ou de la sécurité...Cela faisait un rassemblement permanent où se côtoyaient des cadres, des cheminots, des travailleurs du port, des immigrés d'hier et d'aujourd'hui, des employés de la restauration et de la grande distribution, des agents du public, bref un rassemblement à l'image de la classe ouvrière d'aujourd'hui dans sa diversité professionnelle et culturelle..

 
A l'intérieur je n'entendais rien de ce qui se passait mais je savais que les copains ne resteraient pas immobiles. J'ai compris que c'était fort quand à 10h du soir un policier est venu me dire dans ma cellule qu'il y avait encore du monde et le lendemain matin quand un autre m'a dit que les premiers étaient là à 6h 30 !! Je n'en suis pas revenu...J'ai su par la suite qu'ils avaient bloqué la Canebière, arrêté le tramway, pas cessé de crier des slogans, distribué des milliers de tracts, envoyé des mails, des textos...


Tu vois paradoxalement, le moment le plus difficile pour moi, ça a été ma sortie, de retrouver tous ces gens avec l'immense fraternité qui se dégageait d'eux. Comment oublier ça ? Comment leur parler ? Comment être à leur hauteur ? On ne peut évidemment pas citer tout le monde et encore moins celles et ceux qui n'ont pas pu venir et qui par centaines m'ont adressé depuis des messages de solidarité sous toutes formes. J'ai vu en sortant, entre deux embrassades, parmi celles et ceux qui criaient leur joie, Karima qui n'est pas rentrée chez elle parce qu'elle habite trop loin du commissariat, Majid que Mac Do avait fait en d'autres temps convoquer dans un autre commissariat, Momo qui a fait 13 jours de prison à cause de Carrefour, les ADOMA qui avaient retrouvé un sourire que tant de mois de lutte leur avait fait perdre, Fred du trésor, celles et ceux de l'UL du centre et du syndicat du nettoyage, Malika, Yves, Laurence, Kamel, Anne Marie, Fairouz, Chantal, Christian, Henry, Jean-Luc et tant et tant...impossible de les citer toutes et tous...En plus il y a celles et ceux comme Bernard qui, ne pouvant venir, sont restés pendus au téléphone pour avoir des nouvelles...Comme me l'a écrit quelqu'un depuis : El pueblo unido...

 

Le carrefour est bloqué par

les manifestants


RM : Et maintenant ?


C.H : Maintenant il reste à préparer le procès du 29 juin 2009 [7], où, ne pouvant justifier le fond, ils vont tenter une fois de plus de s'attaquer à l'homme en me faisant passer pour un violent, un gros bras sans cervelle de la CGT, comme ils disent.


Mais avant ça il y aura d'autres échéances que les ADOMA ne louperont pas : la manif du 26 mai, la montée à Paris mi juin au siège d'ADOMA, les autres audiences prévues et d'autres initiatives que l'on va arrêter ensemble, les actions avec d'autres salariés en lutte en particulier ceux de l'UNM...etc.


Si je peux me permettre pour ce combat là, pour que les ADOMA gagnent, on a besoin de votre solidarité financière d'où la souscription lancée et en tout état de cause, comme on l'a dit souvent : avec les ADOMA on ne lâchera pas 
!

 

[1] Abdou, l'un des 39, à eu un jour cette formule très judicieuse : « A force de nous voir passer le balai, ils ont cru qu'on avait une serpillère à la place du cerveau... »

[2] Nous avons interpellé à plusieurs reprises le préfet, la direction du travail, le président du CG, le ministre Martin Hirsch par 2 fois...

[3] l'avocat des salariés a plaidé 19 fois dans ce dossier ce qui constitue sans doute une manière de record

[4] j'ai été mis en garde à vue quelques jours après les 74 d'EDF et le jour où un enseignant marseillais passait en justice pour avoir dit à haute voix : Sarkozy je te vois !

[5] Pendant que j'étais en audition j'ai entendu un policier qui suite à un coup de fil, passait en disant : « Maintenant si même Paris se mêle de cette affaire on va où ? »

[6] l'avocat des entreprises d'insertion a refusé de témoigner...

[7] si je ne me trompe pas dans mes comptes ce sera mon 15ème procès !

 

 

Entretien publié le samedi 23 mai 2009 sur : http://www.rougemidi.org

 

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