Journée de solidarité. « L’État détourne les crédits »

Publié le par SPHAB/CGT (56-Guémené-sur-Scorff)

Journée de solidarité.

« L'État détourne les crédits »

 

Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées, revient sur les politiques menées en la matière.

 

Quel est le bilan des politiques publiques menées depuis 2003, année de la canicule, en matière de prise en charge des personnes âgées ?


Pascal Champvert. Le drame d'août 2003, qui a vu 15 000 personnes mourir en quinze jours, a permis une chose importante : la prise de conscience. Avant 2003, c'était comme si les personnes âgées n'existaient pas. Ça a été un véritable électrochoc. À partir de là, l'État a annoncé des augmentations de moyens en 2003 (plan Raffarin) et 2006 (plan Solidarité grand âge de Villepin) et, en 2004, a été créée la Caisse nationale de solidarité autonomie (CNSA) pour gérer les crédits liés à la suppression d'un jour férié. Élu président de la République, Nicolas Sarkozy a poursuivi dans ce sens, évoquant la prise en charge spécifique pour l'aide à l'autonomie (5e risque), ainsi qu'un grand plan Alzheimer. Mais le résultat est décevant. Les moyens alloués sont très insuffisants. Et la plupart des annonces ne sont que des réaffectations de crédits. Il y a eu surtout beaucoup d'effets d'annonce.


Au final, toutes ces annonces ont peu modifié la vie des personnes âgées fragilisées...


Pascal Champvert. C'est à l'image des pièces climatisées dans les établissements, elles n'ont guère eu d'impact sur la vie de nos aînés. D'ailleurs, un rapport de la Cour des comptes souligne l'insuffisance des politiques de l'État et le manque d'améliorations depuis 2005 : manque de personnel, insuffisance du nombre de structures et coût trop élevé des établissements pour les personnes et les familles.


Dans ce contexte, la Caisse de solidarité et l'obligation pour les salariés de donner un jour de travail se justifient-elles toujours ?


Pascal Champvert. Ce n'est pas tant la gestion de la Caisse de solidarité qui est en cause, que les freins mis par l'État pour empêcher l'affectation des crédits. Le vice de base de cette structure, c'est que l'État, majoritaire, y fait ce qu'il veut. Ainsi en mars, il sopposé à l'affectation aux établissements et à la prise en charge à domicile d'une partie des 540 millions d'euros non alloués en 2008. Et, pire, l'État détourne ces crédits issus de la suppression du jour férié en faisant supporter à la Caisse des engagements qu'il devait financer lui-même. Depuis 2005, 1,2 milliard d'euros n'ont pas été dépensés comme prévu.


Qui plus est, le gouvernement vient d'entériner une baisse des moyens pour les années à venir...


Pascal Champvert. C'est la cerise sur le gâteau. Avec la circulaire de février qui fixe les conditions financières des établissements et services à domicile pour les personnes âgées, l'État organise la baisse des crédits de 2009 à 2016. Il n'est pas faux de dire que 10 % des établissements vont y gagner, mais pour 90 % d'entre eux, c'est synonyme de baisse de moyens. Dans ces conditions, les directeurs n'auront d'autre choix que de diminuer le nombre de salariés. C'est une véritable provocation : d'un côté, on diminue les crédits et, de l'autre, on ne dépense pas l'argent de la Caisse.


Dans ce contexte, la création d'une nouvelle branche de protection sociale pour la dépendance peut-elle être une solution ?


Pascal Champvert. Oui, mais il faut veiller à privilégier un financement de solidarité nationale. Nous ne sommes pas opposés à un financement mixte, du moment que le privé reste complémentaire. Il faudrait par ailleurs que les pouvoirs réalisent que le « 5e risque » pourrait être un élément de sortie de crise. Relançons l'économie en créant des emplois pour améliorer les conditions de vie des personnes âgées. Rien que pour rattraper le retard français, des centaines de milliers d'emplois sont nécessaires.


Entretien réalisé par Alexandra Chaignon

 

Article paru dans le journal L'Humanité du samedi 30 mai 2009

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