Bretagne-22 Chaffoteaux. Scénario catastrophe

Publié le par sphab/cgt & associés


Bretagne-22

Chaffoteaux. Scénario catastrophe

[vidéo-link]

18 juin 2009 à 14h30

 

Les 260 salariés de Chaffoteaux à Ploufragan, près de Saint Brieuc, attendaient avec anxiété le couperet. Il est tombé. Deux scénarios sont à l'étude. Dans l'attente de la décision qui tombera le 1er juillet, les salariés ont cessé le travail et bloqué l'usine.

 

Photo Cyril Frionnet

 

 

Les représentants du personnel ont eu connaissance du plan de "redimensionnement" de l'usine Chaffoteaux dès ce matin à l'occasion du comité central extraordinaire qui s'est réuni à Paris (qui s'est terminé dans une cuisine du siège du groupe, ndlr). Quelle que soit la décision, qui tombera le 1er juillet, le site briochin est frappé dans ses perspectives à moyen terme. Ce qui a d'emblée entrainé la cessation du travail de l'ensemble des personnels et le blocage du site.


Deux scénarios sont évoqués


Le plan A  envisage 149 suppressions de postes.  Il permettrait de conserver à Saint-Brieuc 40 postes du secteur recherche et développement et 48 emplois de production, soit 88 salariés. 


Le plan B, plus douloureux, ne conserve à Saint-Brieuc que l'équipe R&D (Recherche et développement) et entraine la suppression de 207 emplois. 


Le point de vue de la direction est le suivant. Elle accepte de sortir de la crise par le plan A à une triple condition:
1.si la collectivité locale l'exonère de taxe professionnelle et de taxe foncière pendant 4 ans;
2. si la direction départementale du travail donne  suite aux demandes de chômage partiel pour les ouvriers pendant toute l'année 2009;
3. si le déploiement du plan de revitalisation (lié au précédent plan social) est revu à la baisse;
4. si le groupe obtient de nouveaux locaux pour implanter les activités restantes.

 

Le directeur du site briochin doit s'exprimer demain à 9 h devant les salariés de l'entreprise qui décideront ensuite des actions à mener.


La décision est d'une gravité certaine. A terme, elle engage l'avenir de l'usine à Saint-Brieuc taillée pour  accueillir -au meilleur de son histoire- 2.200 salariés.

 

 

 

Chaffoteaux en quelques dates

1914. Les frères Chaffoteaux, fuyant la zone des combats dans les Ardennes, installent leur fonderie au Légué. Après avoir fabriqué des obus, ils commencent la production de chauffe-eau en 1922.
1929. La famille Chaffoteaux prend le contrôle de la firme des frères Maury, installée à Évreux, en Normandie, qui fabrique et vend des chauffe-bains.
1968. Chaffoteaux entre au capital de son grand rival, Saunier-Duval, en achetant pour 3,2 millions de francs d'actions. Mais le rapprochement des deux leaders
de la chaudière à gaz en France n'aura toutefois d'autre conséquence que la création d'une filiale commune en Espagne. L'usine emploie plus de 2.000 salariés.
1984. L'entreprise des Châtelets est rachetée, déjà, par  par Gimmo, un groupe d'investisseurs du Maghreb.

1989. L'entreprise est rachetée par une firme italienne, Elfi.
1997. Cette fois, c'est le groupe allemand Preussag qui prend les commandes de l'usine des Châtelets. Avant de la revendre trois ans plus tard.
Octobre 2000. Le groupe italien MTS (Merloni Termo Sanitari) rachète l'usine, qui emploie désormais 850 salariés. Dès son arrivée, la nouvelle direction se retrouve en conflit avec ces derniers, sur la question de la revalorisation des salaires.
Depuis 2001. Des licenciements, un plan de départs volontaires (retoqué par la direction du travail en plan social), des périodes de chômage partiel à répétition, des locaux en vente, des machines vendues sur Internet, d'autres transférées en Italie...
2009. Pour des raisons commerciales, MTS change de nom. Le groupe auquel appartient Chaffoteaux porte désormais le nom d'Ariston Thermo Group (ATG). Les effectifs sont aujourd'hui de 260 CD.

 

 

Chaffoteaux. Pas de pause dans la lutte pour les salariés

21 juin 2009


Même s'il ne se fait guère d'illusion sur son sort, le personnel de Chaffoteaux ne baisse pas les bras. Il l'a démontré hier, à Saint-Brieuc, en partant à la rencontre de la population

 

   Marc Blondel (à droite), ancien secrétaire général de FO, ici en compagnie de Bruno Joncour,

maire de Saint-Brieuc, a apporté un soutien sans faille aux salariés de Chaffoteaux.

Photo Cyril Frionnet


8h, Saint-Brieuc, hier. Les très nombreux cyclotouristes rassemblés à Brézillet pour «La Bernard Hinault», ne sont pas seuls sur la ligne de départ. Les salariés de Chaffoteaux profitent de l'événement, suivi par de nombreux médias, pour exprimer publiquement leur colère et leur écoeurement face au plan de licenciements présenté jeudi, par la direction du groupe italien ATG.


 «Beaucoup me parlent du Joint français»


 9h30. Patrick, salarié de Chaffoteaux, qui a commencé dès 8h une distribution de tracts aux abords du marché de la place de la Résistance, est rejoint peu à peu par le personnel qui arrive de Brézillet. Déjà, il a eu le temps de constater «une certaine lassitude chez les gens avec tous ces licenciements». Mais les mots d'encouragement, qu'il entend aussi, lui font garder le moral. «Même les cadres de l'entreprise étaient là, c'est du jamais vu, confiait Chantal Jouan, déléguée CGT. Ça nous fait chaud au coeur de voir que les gens, qui connaissent tous quelqu'un qui travaille ou a travaillé à Chaffoteaux, nous soutiennent. Même si nous avons été accueillis fraîchement par certains commerçants ambulants...». Un peu plus bas, devant La Poste, une autre salariée, Jocelyne, est plus réservée. «Les anciens compatissent, les jeunes beaucoup moins», constate-t-elle. Mais, pour Martial Collet, délégué FO, «il faut convaincre encore plus la population. Car la direction continue à communiquer sur le maintien de l'activité(...) : la marque Chaffoteaux a encore une notoriété et c'est une grande source de revenus pour le groupe ATG».


Le soutien de Marc Blondel


12h30, au siège de FO, rue de Brest. Cette notoriété n'a évidemment pas échappé à Marc Blondel, dont le passage à Saint-Brieuc était prévu de longue date. L'ancien secrétaire général de Force Ouvrière manifeste un soutien sans faille aux salariés venus à sa rencontre. Des salariés qu'il invite à organiser une grande manifestation pour la sauvegarde de l'emploi dans le bassin briochin. Il émet même l'idée d'appeler à un boycott national des marques du groupe ATG. 14h. Aux abords des grandes surfaces de l'agglomération, des dizaines de salariés continuent la distribution de tracts. La mobilisation ne fait que commencer. À Ploufragan, on se relaye pour surveiller l'usine.


Les lignes chauffe-eau en Chine


16h. «Le blocage de l'usine est d'autant plus d'actualité que nous avons pris connaissance du plan de la future réimplantation en Italie, souligne Chantal Jouan. La direction prévoit d'y mettre l'une des deux lignes de montage Galiléo de Ploufragan. Nous allons faire en sorte de les surveiller jour et nuit.» Quant aux lignes chauffe-eau, c'est officiel, elles vont prendre la direction de la Chine.

 


Gwendal Hameury et Tangi Leprohon

 

 

Chaffoteaux. Colère froide et digne

[videos-link-link]

20 juin 2009


Au lendemain de l'annonce d'un nouveau plan social, les salariés de Chaffoteaux sont allés déposer une plainte symbolique contre le groupe ATG, propriétaire de l'usine. Et dans la matinée, ils se sont retrouvés face à leurs patrons.


Dans un coin de la pièce, l'inscription «voleurs, tricheurs, menteurs, voyous» donne le ton de l'entrevue qui va débuter. Hier matin, dans la salle de réunion de Chaffoteaux, c'est peu dire


«Plus per
sonne ne croit à votre discours»


En poste à Ploufragan depuis un mois à peine, le Belge Robert Brasseur prend le micro le premier et rappelle les deux scénarios présentés jeudi: l'un aboutissant à la suppression de 207 emplois, le second prévoyant 149 licenciements. «Mais ATG s'est engagé à garder une activité industrielle sur le bassin briochin», poursuit Aldino Zeppelli. Une phrase qui déclenche immédiatement les sifflets d'une foule scandalisée et l'intervention d'Alain Le Fol, délégué Force Ouvrière: «Mais arrêtez avec ce discours. Plus personne n'y croit, même pas vous».

 
Pas de séquestration au final

 

«Votre plan est inacceptable. Il sacrifie tous les emplois, car aucun des deux scénarios n'est viable», embraye son collègue Martial Collet. «Ce qu'on veut, c'est du pognon», lance alors une voix dans l'assemblée. Dans la foulée, acculés par les salariés, Aldino Zeppelli et Robert Brasseur se retirent pour téléphoner en Italie. Objectif:obtenir l'aval de la direction pour le paiement des journées non travaillées de jeudi et d'hier et l'assurance que le chômage technique décidé pour les derniers jours de juin n'aura aucune incidence sur les feuilles de paie. La réponse positive apportée ensuite aux ouvriers fait retomber la pression. Soulagés, ceux-ci ne pensent plus à séquestrer les deux hommes.

 
Pillage d'entreprise mensonge et vol


Vers midi, une délégation de 50 personnes se retrouve au commissariat de Saint-Brieuc. Face au commissaire Yves Floc'h, Chantal Jouan, la déléguée CGT explique: «On veut déposer une plainte symbolique pour pillage d'entreprise, mensonge et vol de la marque Chaffoteaux». Plusieurs policiers «compréhensifs» aident alors à reformuler la demande en des termes plus juridiques. En début d'après-midi, le dernier temps fort de la journée (une assemblée générale) se déroule à l'usine. Là, les salariés décident qu'il faut «populariser» leur lutte par des distributions de tracts sur les marchés de l'agglomération. Avant de se retrouver lundi matin. «La lutte va être longue», prévient Martial Collet. Et si les terrains étaient déjà vendus? Questionné hier par les salariés, Aldino Zeppelli a indiqué ne pas savoir si les terrains de l'usine avaient déjà été vendus (prix de vente 17M d'€). Selon nos informations, un compromis aurait pourtant été signé avant le comité central d'entreprise de jeudi. C'est un investisseur breton qui se serait porté acquéreur. Son projet prévoit une vente des terrains par lots.


Julien Vaillant


Articles publiés les vendredi 19, samedi 20 juin et dimanche 21 juin 2009 sur le site : http://www.letelegramme.com/



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article