Bernard Thibault met en garde Nicolas Sarkozy contre le « risque »de grèves reconductibles conduisant à « une crise sociale d’ampleur »

Publié le par sphab/cgt & associés

Bernard Thibault met en garde Nicolas Sarkozy   contre le « risque »de grèves reconductibles conduisant à « une crise sociale d’ampleur »

 

 

Dans une interview au journal Le Monde, daté du 10 septembre, le secrétaire général de la CGT déclare : "Plus l'intransigeance dominera, plus l'idée de grèves reconductibles gagnera les esprits » Bernard Thibault répète qu'en dépit des aménagements proposés par Nicolas Sarkozy, notamment sur la pénibilité, "la réforme reste totalement injuste" et il s'élève contre le "verrouillage" de la discussion.

 

Bernard Thibault ne peut être plus clair : d’abord, il ne se prononce pas contre l’idée de « réforme » du système de retraites. Comme la CFDT (et comme le Parti socialiste), le leader de la CGT trouve le projet gouvernemental simplement « injuste ». Et se prononçant contre ce qu’il appelle le « verrouillage » de la discussion, il admet ainsi que celle-ci se déroule à partir des positions du pouvoir (et du Medef). C’est accepter d’avance un nouveau recul du système actuel des retraites : en effet, le meilleur compromis ne pourrait être, au mieux, qu’une version plus « soft » du projet Sarkozy.

 

Nous sommes loin du « retrait » de la dite « réforme », exigée par de nombreux syndicats, en particulier, ceux de la CGT. Et évoquant les perspectives de développement des luttes, Bernard Thibault n’en revendique pas la paternité : "On peut aller vers un blocage, vers une crise sociale d'ampleur. C'est possible, mais ce n'est pas nous qui avons pris ce risque".

 

On ne peut pas être plus clair. Le secrétaire général de la CGT ne veut en aucune manière « prendre le risque » d’un affrontement de classes, pas plus aujourd’hui qu’en 2003, où il déclarait, en plein mouvement social contre la « réforme Fillon » des retraites, « qu’il n’était pas là pour paralyser la France ».

 

Dans son entretien au Monde de ce jour, Thibault va même jusqu’à vouloir rassurer Nicolas Sarkozy sur l’état d’esprit des manifestants du 7 septembre : « Ceux qui manifestaient hier n’avaient pas en tête l’élection présidentielle de 2012. Ils pensaient, et c’est apparu clairement dans les défilés, à la réforme des retraites. Il ne faut pas faire dire à cette manifestation autre chose que ce qu’elle a dit (…) Les syndicats font bien ce qu’ils ont à faire : du syndicalisme, en mobilisant au-delà des clivages politiques ».

 

Autrement dit, les salariés n’avaient aucunement en tête la moindre hostilité à l’égard du président de la République et de sa politique ! Affirmation contredite par les mots d’ordre, les slogans et les banderoles des manifestants.

On peut donc se poser la question : pourquoi Bernard Thibault a-t-il accordé l’entretien publié dans le Monde ? Pour convaincre les lecteurs du quotidien du soir ?

Ou pour faire « passer un message » au pouvoir, résumé par cette phrase : « Plus l’intransigeance dominera, plus l’idée de grèves reconductibles gagnera les esprits ».

 

Bernard Thibault met ainsi en garde Nicolas Sarkozy d’une extension possible et non maîtrisée de l’affrontement social, dans sa forme et sa durée, par les appareils syndicaux. Il en dégage toute responsabilité. Et d’attendre pour « éviter le pire », un geste significatif du gouvernement.

 

Alors que la proposition de simples manifestations un prochain dimanche avait été mis sur la table de « l’Intersyndicale » du 8, la décision « de grève et de manifestations », prévue en commun par les centrales syndicales le 23 septembre, a été le fruit, selon le Monde, d’un compromis, expliquant : « Les tensions internes à la CGT, et la pression d’une partie de ses fédérations en faveur de la grève, semblent avoir eu un rôle clé dans l’abandon de ce scénario ».

 

Raison de plus pour faire monter la pression des salariés et des syndicats pour faire du 23 septembre une journée de lutte encore plus massive que celle du 7 septembre pour le retrait de la « réforme Sarkozy-Medef ».

 

 Jean LEVY

 http://canempechepasnicolas.over-blog.com


 P.S. Lors du show télévisé sur les retraites, sur France 2, le mercredi 8 septembre au soir , Bernard Thibault n'a pas réitéré ses propos sur l'éventualité d'"une crise sociale d'ampleur" et son aveu : "ce n'est pas nous qui avons pris ce risque".Le dire publiquement aurait fait tache. Le secrétaire général de la CGT, répondant à Arlette Chabot, s'adressait alors à des millions de téléspectateurs, alors que dans son entretien au Monde, son seul interlocuteur était Nicolas Sarkozy....

Ce qui confirmerait notre thèse d'un "message codé" adressé au chef de l'Etat.

 

 

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