Des milliers de Britanniques menacés par la crise d'un groupe de maisons de retraites

Publié le par sphab/cgt & associés

Des milliers de Britanniques menacés par la crise d'un groupe de maisons de retraites


110604-MDR-British-2.jpg

 

 

Londres Correspondante - On croyait le principe "too big to fail" réservé au secteur financier : compte tenu de leur taille, certaines banques seraient protégées de la faillite, assurées de voir les Etats voler à leur secours si nécessaire. Voilà qu'en Grande-Bretagne - là où Royal Bank of Scotland, Lloyds et Halifax Bank of Scotland ont été partiellement nationalisées en 2008 pour éviter la débâcle -, la question se pose de savoir si l'adage ne devrait pas aussi valoir pour les maisons de retraite.


Mercredi 1er juin, le groupe Southern Cross, premier opérateur privé du secteur, a unilatéralement décidé de ne payer que 70 % de ses loyers pour la période qui court jusqu'au 30 septembre. Il prend ainsi le risque de se voir attaquer en justice par des propriétaires lésés et de devoir déposer le bilan.


Southern Cross, c'est 750 maisons de retraite et 44 000 salariés, mais c'est surtout 31 000 clients, des hommes et des femmes âgés qui ne sont généralement plus autonomes et qui risquent de perdre leur toit dans cette affaire. "Ce ne sont pas des usines qui sont menacées de fermeture, mais une part essentielle du tissu social de nos villes", s'est alarmé Paul Kenny, secrétaire général du syndicat GMB.


Il y a peu, 24 députés, pour l'essentiel des travaillistes mais aussi des libéraux-démocrates et un conservateur, ont signé une motion demandant au gouvernement du tory David Cameron de "se préparer à (...) prendre le contrôle de ces maisons de retraite et à en confier la gestion aux collectivités locales". A Westminster, nombre d'élus sont inquiets.


STRATÉGIE AVENTUREUSE


Une loi de 1948 oblige les mairies à prendre en charge les retraités qui ne sont plus en état de vivre chez eux. En Angleterre, cette aide est soumise à des conditions de ressources (le patrimoine doit être inférieur à 23 250 livres), comme en Irlande et au Pays de Galles ; en Ecosse elle est universelle. En cas de faillite de Southern Cross, les collectivités locales devront donc trouver une solution pour les pensionnaires de l'entreprise dont elles finançaient déjà le séjour.


Elles pourront les placer dans d'autres maisons de retraite. Mais dans certaines régions où Southern Cross est en situation de quasi-monopole, comme l'Ecosse ou le nord-est du pays, elles devront reprendre en main la gestion de l'entreprise défaillante.


Le gouvernement affirme "suivre de près" le dossier mais rappelle que celui-ci relève d'abord de la responsabilité des dirigeants du groupe. Cela dit, il lui sera difficile de rester sur cette ligne si la situation devait se détériorer. D'autant que M. Cameron est aujourd'hui aux prises avec l'opposition travailliste mais aussi avec une partie de sa majorité qui se montre très réticente à ses projets de réforme du service de santé, qui prévoient un recours accru au secteur privé.


Dans son éditorial, mercredi, le Financial Times appelle Downing Street à mieux réguler le secteur des maisons de retraite. Une nécessité, argue le quotidien économique, puisque les inspections montrent que la qualité des prestations y est en moyenne bien meilleure quand l'opérateur appartient à la sphère publique ou caritative (c'est le cas dans moins du tiers des maisons de retraite) que quand il relève du privé. Ces vingt dernières années, les collectivités locales se sont largement retirées de l'assistance au troisième âge. Elles ont été relayées par des entreprises attirées par des perspectives de gain juteux, entre le vieillissement de la population et un Etat providence généreux.


La crise puis la rigueur sont passées par là. Avec des budgets en baisse en moyenne de 28 % d'ici à 2015, les communes se montrent plus chiches avec les personnes âgées en perte d'autonomie. Southern Cross affirme avoir ainsi perdu 15 % de ses revenus en un an.


Mais c'est d'abord à sa stratégie aventureuse que l'entreprise doit s'en prendre. Après avoir racheté tous azimuts des concurrents et vendu son patrimoine immobilier - sous la férule du fonds d'investissement Blackstone, avant que celui-ci décide d'empocher ses profits en introduisant Southern Cross en Bourse en 2006 -, elle s'est retrouvée à payer des loyers extravagants qui l'ont empêchée d'investir ces dernières années et auxquels elle ne peut désormais plus faire face.


Virginie Malingre


source: Lemonde.fr (jeudi 2 juin 2011-édition papier du vendredi 03.06.11)
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article