Euthanasie à Bayonne: "Ce ne sont pas des pratiques communes"

Publié le par sphab/cgt & associés

Euthanasie à Bayonne : "Ce ne sont pas des pratiques communes"

 

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Depuis jeudi dernier, et la mise en examen du docteur Nicolas Bonnemaison pour empoisonnement, le Centre hospitalier de Bayonne Côte basque traverse l'une des périodes les plus tumultueuses de son histoire. Hier, dans le hall de l'établissement, plus de 300 personnes ont manifesté leur soutien au médecin accusé d'euthanasie. Après ce rassemblement , le directeur de l'hôpital, Michel Glanes, a tenu un discours d'apaisement.

 

« Sud Ouest » : Quelle est votre position vis-à-vis de la manifestation de soutien à Nicolas Bonnemaison ?


Michel Glanes : Cette manifestation me semble légitime et normale. Je comprends, nous comprenons tous l'émotion que suscite cette affaire. Je comprends l'émotion des personnes qui ont travaillé avec le docteur Bonnemaison. Il est normal que la communauté soutienne l'homme qu'elle connaît. Je comprends celle des médecins qui ont à faire face à la fin de vie dans l'exercice de leur métier. Celle des familles qui y sont confrontées et peuvent se poser des questions aujourd'hui.

 

Vous êtes donc d'accord avec la prise de parole des manifestants ?


Là aussi, j'estime qu'elle est légitime. Il est normal et je dirais utile d'exprimer les choses. Nous avons déjà eu et nous aurons des réunions pour verbaliser les choses. Je pense qu'il y a ce besoin de dire.

 

Vous a-t-on présenté la pétition en faveur du docteur Bonnemaison ?

 

Oui, je l'ai vue.

 

L'avez-vous signée ?


On n'en est pas encore là. Il y a une procédure en cours. Et de la même façon que je comprends l'émotion et le soutien au docteur Bonnemaison, je comprends aussi les soignants qui ont signalé les faits.

 

Ils vous les ont signalés et vous avez alerté le parquet…

 

Il y a un cadre juridique posé par la loi et une procédure à respecter. Il y a une enquête et il faudra voir si ce qui a été fait est conforme à la loi. L'Inspection générale des affaires sociales (Igas) viendra aussi analyser le fonctionnement et la gestion de la fin de vie à l'hôpital. Il faut essayer de passer au-delà de l'émotion, qui est compréhensible et normale.

 

Jusque dans le milieu médical on s'accorde à qualifier de pratique courante l'euthanasie, en France. Adhérez-vous à cette affirmation ?


C'est un débat de praticiens. Il me dépasse. Je reste persuadé que ce ne sont pas des pratiques communes, ni banales. La fin de vie se gère dans le cadre de la loi, dans les services de soins palliatifs.

 

À Bayonne, ces sujets sont un des fondements de notre projet médical. Il faut rappeler en matière de fin de vie ces trois principes : le consentement du patient ou des proches s'il ne peut le formuler, la collégialité car personne ne peut décider seul de la fin de vie d'une personne, la traçabilité.

 

Selon son avocat, le docteur Bonnemaison reconnaît d'autres euthanasies, au-delà des quatre visées par la justice. Pensez-vous que c'est le cas ?


Je ne peux pas m'exprimer sur ce sujet. Comme tout autre sujet qui a directement trait à la procédure en cours. Nous avons des signalements et M. Bonnemaison est le seul à savoir ce qui s'est vraiment passé. L'instruction le dira précisément.

 

Craignez-vous pour la réputation de l'établissement ?


Non. On est sur quelque chose de très ciblé, très individuel. Il faut maintenant que toute la lumière soit faite. Il faut réagir en professionnel, savoir ce qui s'est passé. Et s'il s'est passé quelque chose qui n'aurait pas dû être, mettre tout en œuvre pour que ça ne se reproduise pas.

 

Redoutez-vous que la zizanie s'installe au sein du personnel ?


Je fais confiance aux professionnels qu'ils sont. Je sais qu'ils font les choses dans l'intérêt des patients et que c'est cela qui les guide.

 

 


source: sudouest.fr (mercredi 17 août 2011)

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