Euthanasie-l'élu Jean-Luc Roméro veut "une loi protectrice pour tous"

Publié le par sphab/cgt & associés

Euthanasie : l'élu Jean-Luc Roméro veut « une loi protectrice pour tous »

Acteur du débat sur la fin de vie, l'élu Jean-Luc Romero revient sur la notion de consentement. Et réclame une loi pour la dignité des patients, et des soignants.

 

110816-J.L.-ROMERO.jpgConseiller régional (apparenté PS) d'Île-de-France, Jean-Luc Romero est président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD). 

« Sud Ouest ». Au vu des premiers éléments de l'affaire qui secoue les urgences de Bayonne, quelle est votre réaction ?

 

Jean-Luc Romero. Pour l'heure, nous restons prudents. L'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) n'a pas publié de communiqué. Parler d'euthanasie semble prématuré tant que l'on n'a pas entendu ce médecin. La première condition de l'euthanasie est l'expression de la volonté du patient, et non celles de la famille ou du médecin.


Et lorsque les patients ne sont pas en état de consentir ?


La loi Leonetti donne au patient la possibilité de rédiger des directives anticipées, désignant des personnes de confiance et choisissant les soins qui lui seront apportés ou non s'il n'a plus la capacité d'exprimer sa volonté. Ces directives peuvent être consignées dans le dossier médical du patient.


Précisément sur la question de l'arrêt des soins ?


Il serait intéressant d'observer le cas des personnes qui ont fait ce choix. Leur fin peut survenir entre quelques heures et trois semaines, selon les soins concernés. Lorsqu'il s'agit de l'alimentation et de la réhydratation, le procédé peut s'avérer cruel et cause de souffrances.


Le cadre de la loi Leonetti vous semble donc insuffisant…


Oui, car s'il était suffisant, pourquoi continuerions-nous à avoir autant d'euthanasies illégales ? On sait bien qu'il existe une vraie pratique. Mais honnêtement, il est difficile d'en déterminer l'ampleur. Aux Pays-Bas, où l'euthanasie est légale, elle représente 2 % des décès. En France, où l'accès aux soins palliatifs est loin d'être universel, si une loi existait, elle pourrait concerner 11 000 personnes par an.


L'affaire de Bayonne pourrait relancer le débat sur l'euthanasie ?


Les adversaires de l'euthanasie vont s'engouffrer dans cette affaire et dire des horreurs. À mon sens, il ne s'agit pas d'euthanasie, mais cela légitime notre combat. Faisons un débat sur une loi humaine et claire, qui légalise l'euthanasie. Une loi protectrice pour ceux qui font le choix d'abréger leurs souffrances, et qui garantirait aux soignants la possibilité d'accompagner. Aujourd'hui, même si un médecin met fin à la vie avec la volonté du patient, comme avec le cas de Marie Humbert en 2006, il se retrouve devant les tribunaux. En général, les gens ne sont pas condamnés. Et la loi n'est pas appliquée, car on sait que les euthanasies illégales ont lieu. Il faut absolument que l'on sorte de cette hypocrisie.


Le débat est aussi celui de l'accompagnement des proches…


Dans notre pays, 75 % des personnes meurent à l'hôpital ou en institution. On meurt de plus en plus seul. Seulement 15 à 20 % des personnes ayant besoin de soins palliatifs en bénéficient. On oppose soins palliatifs et euthanasie, mais ils sont complémentaires. Il faut que l'on ait le choix.


Propos recueillis par Emmanuelle Fère

 

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source: sudouest.fr (dimanche 14 août 2011 à 6 heures 55)

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