La flamme de la Résistance, l'honneur de la France

Publié le par sphab/cgt & associés

La flamme de la Résistance

l'honneur de la France

 

 

 

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Par

Pierre Pranchère

Résistant à l’âge de 15 ans à l’AS puis aux FTP

Ancien député de la Corrèze de 1956 à 1958 et de 1973 à 1978

Député honoraire au Parlement Européen

Secrétaire général du Collectif Maquis de Corrèze.

 

 

 

 

 

La décision prise par le gouvernement de la Résistance présidé par le général de Gaulle, au début de l’année 1945, de nationaliser les usines Renault pour collaboration avec l’ennemi fut ratifiée par l’Assemblée Constituante, le 16 janvier 1945. Cette assemblée était l’émanation des forces patriotiques adhérentes au Conseil National de la Résistance. Elle fut constituée selon les dispositions de l’ordonnance du 21 avril 1944 signée par de Gaulle.

 

Les délégués constituants ne sortaient pas de l’ENA qui n’existait pas alors, mais des terribles épreuves de la clandestinité et des durs combats libérateurs. La Gestapo, la milice et la police pétainiste à leur trousse, ils avaient risqué l’arrestation, la déportation, les tortures et la mort. Certains d’entre eux avaient été blessés, emprisonnés, torturés. Tous avaient perdu des proches compagnons. La décision de nationaliser Renault fut prise par celles et ceux qui avaient rétabli l’honneur de la France bafouée. Mettre en cause cette décision historique serait une injure à la mémoire de toutes les victimes de la barbarie nazie et pétainiste, une insulte à la Résistance à ses combattants et à ses héros.

 

L’ordonnance du 16 janvier est incontestable. Elle accable Louis Renault : « ses prestations à l’armée allemande précise-t-elle, ont, durant l’occupation, été particulièrement importantes et ne se sont trouvées freinées que par des bombardements répétés dont les usines de Boulogne-Billancourt et du Mans ont été l’objet de la part de l’aviation alliée ». Ajoutons un élément significatif. En 1943, après un bombardement allié particulièrement dévastateur, Louis Renault fit déblayer très vite les ateliers détruits à Boulogne-Billancourt. En un temps record il les rééquipa en machines neuves et remit en marche la production au service de l’armée hitlérienne.

 

Louis Renault et ses semblables du haut patronat furent le fer de lance de la collaboration, le déshonneur de notre pays. La collaboration qui coûta très cher à notre peuple et aux peuples de l’Union Soviétique. En 1941, Hitler dans sa marche triomphante disposait de presque toutes les ressources économiques et stratégiques de l’Europe. Les chars et les camions Renault étaient du nombre.

 

Le Musée de la Seconde Guerre Mondiale à Moscou qui contient les différents types d’armes utilisées par l’armée nazie atteste de l’importance des productions Renault. D’autre villes et musées peuvent aussi en témoigner. Nous savons qu’à Léningrad, après le siège atroce, un char Renault, prise de guerre, fut exposé sur une place.

 

1340 chars, prise de guerre des allemands sur le sol français, furent reconditionnés avec enthousiasme dès août 1940 par Louis Renault. En 1941, Renault produisit à un rythme effréné une commande de chars pour l’Allemagne devant être livrée le 15 juin, c’est-à-dire avant l’agression du 22 juin contre l’URSS. Louis Renault continua sa collaboration avec Hitler jusqu’en 1944. Seules l’insurrection et la libération y mirent fin.

 

Dans la guerre hitlérienne en URSS, les chars Renault du type FT 17 et R 35 occupèrent une place de choix dans les combats contre les unités de partisans qui ne disposaient pas de blindés et de canon antichars. Le FT 17 dans la défense des aérodromes, le second dans l’attaque frontale des unités engagées en coordination avec le front de l’Armée Rouge. Les chars Renault opérèrent aussi contre les partisans yougoslaves. La traque des partisans par les chars Renault s’est combinée avec les horribles massacres des populations civiles commis par les divisions SS, dont la sinistre Das Reich : « nous avons pris en Russie l’habitude de pendre, nous avons pendu plus de 100000 hommes à Karkov et à Kiev, ici ce n’est rien pour nous » (Kowatsch au préfet Trouillé, le 9 juin 1944 à Tulle).

 

Qui pourrait oublier le prix payé pour la victoire par les peuples de l’Union Soviétique, vingt cinq millions de morts, des millions d’handicapés et presque la totalité des familles atteinte par cette effroyable tragédie ?

 

La tentative de réhabilitation de Louis Renault, lancée par France 2, le 2 mars 2011, qui refuse toujours un droit de réponse, a du plomb dans l’aile du fait de la puissante riposte qui monte de la France entière et de l’argumentation irréfragable développée par l’historienne Annie-Lacroix-Riz.

 

La Résistance et ses racines vivantes, qui écrasa hier la collaboration et ses maîtres nazi-fascistes, doit aujourd’hui tailler en pièces cette infâme campagne menée par les néo-pétainistes et leurs émules.

 

La flamme de la Résistance ne s’éteindra pas. Elle a été, elle est et sera toujours l’honneur de la France.

 

 

 

Le 18 avril 2011

 

 

 



Publié dans Mémoire- Histoire

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