Les hôpitaux contaminés par les emprunts toxiques

Publié le par sphab/cgt & associés

Les hôpitaux contaminés par les emprunts toxiques

111109-hopital_urgences_0.jpg

 

 

Comme les collectivités territoriales, plusieurs dizaines d’hôpitaux publics se retrouvent en difficulté financière, après avoir contracté des prêts à risques auprès de la banque Dexia.


Lyon, Saint-Étienne, Montluçon, Dijon… Une soixantaine d’établissements hospitaliers auraient souscrit des emprunts à taux variables entre 1995 et 2009 auprès de la banque Dexia-Crédit local. La moitié d’entre eux se retrouveraient avec un surcoût de remboursement de 10 à 20 %. Pour les produits les plus toxiques, « les taux sont maintenant à 15 % », précise Yves Gaubert, responsable du pôle financier à la Fédération hospitalière de France (FHF), qui représente le millier d’hôpitaux publics français.


Il est vrai que, de prime abord, ces prêts pouvaient paraître attirants pour les directions hospitalières : leur taux fixe et réduit les premières années – avant de devenir variable – permettait d’abaisser les charges des établissements qui voulaient investir. Un pari financier qui reposait sur l’espoir que les taux d’intérêt resteraient faibles jusqu’au terme du contrat. Pari perdu ! Le franc suisse, monnaie sur laquelle étaient indexés tous ces emprunts à taux variable et considérée jusqu’à présent comme une valeur refuge, a vu lui aussi son taux bondir avec la crise financière.


Si certains reprochent aux directeurs d’hôpitaux d’avoir pu manquer de jugement face aux offres alléchantes qui leur ont été faites par Dexia, on peut difficilement leur reprocher d’avoir fait confiance au partenaire privilégié des collectivités. D’autant que l’État, qui examine chaque demande de prêt pour les valider, les a approuvés. « C’est le ministère qui a poussé les hôpitaux à emprunter. Quand l’État aide un hôpital à investir, il ne donne pas d’argent, il autorise à investir », rappelle Gérard Vincent, délégué général de la FHF. Pire, « le Trésor public, qui est l’autorité de tutelle financière, a validé les contrats de prêts, et notamment les clauses qui indexaient les intérêts sur le franc suisse ».


111109-emprunts-tox.jpg

 

 

 

Beaucoup d’hôpitaux considèrent avoir été lésés et attendent que les pouvoirs publics interviennent et trouvent des solutions pour que les plus contaminés soient mis hors de danger. Certains établissements tentent de leur côté de renégocier les prêts, sans grand succès. D’autres, comme l’hôpital psychiatrique de Sevrey, en Saône-et-Loire, ont choisi la voie judiciaire. Autre idée avancée : interdire purement et simplement ces emprunts qui font grimper en flèche la dette publique. La question qui se pose étant : comment financer les investissements nécessaires ? Car les hôpitaux qui se sont engagés dans ces dispositifs n’avaient souvent pas d’autre choix pour boucler leurs plans financiers. On touche là les limites du désengagement de l’État et de l’insuffisance des budgets publics d’investissement.

 

Alexandra Chaignon

 

 


source: humanite.fr ( 8 novembre 2011)



Commenter cet article