Les nombreux allers-retours entre maison de retraite et hôpital fragilisent les personnes très âgées

Publié le par sphab/cgt & associés

Les nombreux allers-retours entre maison de retraite et hôpital fragilisent les personnes très âgées

 

Le système de soins français n'est pas adapté à la prise en charge des personnes très âgées. Ce qu'avaient jusque-là montré des études limitées, se voit confirmé par la première enquête d'envergure nationale quantifiant les transferts entre établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et hôpitaux.

 

dependance---gran-age.jpg

Réalisée par le Gerontopôle de Toulouse et rendue publique mercredi 2 juin, elle constate des allers-retours en grand nombre, qui entraînent une fragilisation des pensionnaires, âgés en moyenne de 86 ans.


Dans les 300 établissements qui ont participé à l'enquête, 70 % des entrants viennent de l'hôpital en première admission ou réadmission, et 70 % des sortants y sont dirigés. Sur une période de trois mois, près d'un résident sur cinq passe par l'hôpital. Des pathologies somatiques (sensations d'étouffement, insuffisance respiratoire, troubles du comportement incontrôlables) justifient le départ dans 69 % des cas.


"L'étude montre à quel point les Ehpad ont à prendre en charge des populations difficiles, parce que très âgées, très dépendantes, souffrant de polypathologies et, notamment, plus de la moitié de cas diagnostiqués Alzheimer", résume le professeur Françoise Forette.


Selon la directrice de la Fondation nationale de gérontologie, il ne s'agit pas là d'hospitalisations non pertinentes, un dysfonctionnement souvent pointé, notamment concernant les personnes âgées. En effet, de telles situations d'urgence ne peuvent être gérées par les maisons de retraite, où le temps hebdomadaire moyen de présence du médecin coordonnateur est de deux jours, et où, la nuit, seules 15 % bénéficient d'une infirmière.


Si ces hospitalisations sont légitimes, l'étude révèle qu'elles ont de lourdes conséquences sur les personnes hébergées en Ehpad. Au retour, on note souvent une aggravation des facteurs de fragilité que sont les chutes, la perte de poids ou la nécessité d'une contention, avec pour effet une perte supplémentaire d'autonomie.


"Hospitalisations délétères"


Les passages à l'hôpital aboutissent aussi à une surconsommation de psychotropes (anxiolytiques, neuroleptiques...), ce qui peut entraîner faiblesse physique, perte d'équilibre, baisse de concentration ou de mémoire... "Ces hospitalisations sont délétères, mais pas plus que l'on aurait pu s'y attendre", nuance néanmoins le professeur Forette, compte tenu du fait que le départ à l'hôpital est peu accepté, et que la prise en charge n'y est pas idéale.


En avril, un avis du Haut Conseil sur l'avenir de l'assurance-maladie (HCAAM) avait déjà soulevé un défaut de coordination d'un système de soins "performant dans le traitement (...) de pathologies isolées" et "très vite désemparé lorsqu'il s'agit (...) de sujets polypathologiques et fragiles".


Un système avec pour principal point noir le transit par les urgences, porte d'entrée de l'hôpital pour 60 % des résidents d'Ehpad. Considérant l'ensemble des plus de 85 ans, le HCAAM estime que plus de 40 % des hospitalisés passent par les urgences (contre 15 % entre 30 et 70 ans). Un taux qui met aussi en évidence "la prise en charge sous-optimale en amont de l'hôpital".


Le problème est qu'aux urgences plus qu'ailleurs, les professionnels débordés n'ont pas le temps de prendre correctement en charge ces patients aux pathologies complexes. Elles sont souvent orientées en fonction des places disponibles, même si le service n'est pas le plus adapté à leur pathologie, ni aux troubles de comportement que présentent souvent ces personnes fragiles ou affolées.


Seules 21 % des personnes venant d'un Ehpad sont prises en charge en gériatrie (6,5 % directement, 17 % après passage aux urgences). "Quand l'hospitalisation est indispensable, elle devrait pourtant être mise en place par des gériatres", juge le professeur Forette. La solution est donc de renforcer la gériatrie, mais aussi d'améliorer la coordination entre hôpitaux et maisons de retraite.


Laetitia Clavreul

 


Source : lemonde.fr (2 juin 2010)

 


Commenter cet article