Mort d'Édouard Mazé : les archives vont parler

Publié le par sphab/cgt & associés

Mort d'Édouard Mazé
les archives vont parler

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Extrait de la bande dessinée Un homme est mort, de Kris et Etienne Davodeau, quand Pierre Cauzien est blessé par balle à la jambe et Édouard Mazé tué. « Je n'aurai jamais imaginé que les victimes, comme moi, de la répression policière trouveraient en la bande dessinée un défenseur de la vérité et de la dignité », disait Pierre Cauzien.

Kris, le scénariste d'Un homme est mort, connaissait bien Pierre Cauzien, victime et témoin du 17 avril 1950, le seul à avoir eu accès aux archives de la manifestation, tenues secrètes pendant 60 ans.

La réalisation d'Un homme est mort, qui raconte l'histoire du film tourné à Brest sur la mort d'Édouard Mazé par le cinéaste René Vautier, s'est étalée sur quatre années de recherches, de repérages et de rencontres. La plus marquante fut celle de Pierre Cauzien. Quel témoin en or ! Un esprit vif, une mémoire ultra précise, un humour sans aucune amertume.


Amputé d'une jambe, à 26 ans, après avoir été blessé par balle le 17 avril 1950, il n'a pourtant jamais obtenu réparation. Victime et témoin, Pierre estimait que, pendant près de 60 ans, « on avait laissé le doute planer dans l'opinion, refusé de faire la lumière sur les responsables de ce drame social, camouflé un crime d'État en fait divers ».

Quand l'enquête s'est conclue par un non-lieu, « faute d'éléments concrets », il a tout essayé pour obtenir justice pour lui « et les victimes de la répression policière. » Il avait écrit à Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur.


Dossier n°141W33


Après des décennies de non-recevoir, il a fini par obtenir, grâce à une dérogation présidentielle, l'accès aux archives départementales, pour quelques heures, avec interdiction de divulguer les informations. En cachette, il avait fébrilement pris des notes.


Après sa lecture, aux archives, du dossier n°141W33, sous-titré « Mort d'Édouard Mazé, tué par les forces de l'ordre », Pierre Cauzien était tout à la fois excité, écoeuré et abasourdi. Excité de voir enfin sa parole et la vérité corroborées par les preuves contenues dans les archives : les témoignages des gendarmes (de la brigade de Châteaulin) qui disent avoir tiré « pour sauver leur peau », le témoignage du capitaine Kerhoas et celui, remarquable de duplicité, du plus haut gradé présent, le commissaire Le Goan. Et le bilan des victimes parmi les forces de l'ordre : 36 policiers blessés, le plus gravement atteint souffrant d'une fracture du bras. En face, un mort, deux amputés, des dizaines de blessés.


Il était aussi écoeuré de voir que tous les responsables, jusqu'au plus haut niveau, étaient parfaitement informés, 48 heures après la manifestation, de la réalité des faits. Et que tous ont continué de mener tranquillement leur carrière tandis que les travailleurs manifestants, traités avec mépris, ont longtemps été stigmatisés. Comme Pierre, que le toubib de l'Arsenal surnommait « l'handicapé clandestin ».


Enfin, il était abasourdi par les rapports, anonymes, des renseignements généraux sur les réunions syndicales de l'époque : « En lisant ces rapports, j'ai eu des flashes de mémoire, je nous revoyais discuter, racontait-il. J'ai réalisé à quel point nous avions été infiltrés. »


Contre la mort, contre l'oubli


En 2011 sortira l'album Contre la mort, contre l'oubli, en hommage à Pierre Cauzien. Ce n'est pas la suite d'Un homme est mort, c'est une chronique de vie douce-amère, une nouvelle histoire promise à un homme devenu un ami. Alors que son militantisme a bouleversé sa vie, Pierre, délégué CGT et membre du PCF, n'a jamais renoncé à son combat humaniste.


Le livre inclura des témoignages historiques inédits, un DVD d'Avril 1950, de Bénédicte Pagnot, ainsi que le dernier documentaire de Vautier, consacré à la censure. Avec Etienne Davodeau, nous avons convenu que les droits d'auteur de Contre la mort, contre l'oubli iraient pour moitié à René Vautier, pour l'autre à Pierre Cauzien. Lui, il nous a demandé de reverser ses droits au Secours populaire. Quelques jours avant sa mort, en 2009, Pierre regrettait de ne « pouvoir tenir jusqu'à l'ouverture des archives »... Cet album sera un testament collectif.



Source :ouestfrance.fr (brest-16/04/2010)



Publié dans Mémoire- Histoire

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