Personnes âgées : Pourquoi la maltraitance ?

Publié le par sphab/cgt & associés

(samedi 24 octobre 2009)

Personnes âgées :

Pourquoi la maltraitance ?

 

Rappel des faits.

Le récent scandale de la maison de retraite à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), relance, de plus belle, la question de la place et des conditions de vie de nos aînés dans notre société.

Coups, sous-alimentation, absence d’hygiène… Soupçonnée de graves cas de maltraitances sur personnes âgées, la directrice de l’établissement « Les Colombes », à Bayonne, a été mise en examen, le 7 octobre dernier. Dans les médias, professionnels de la santé et élus politiques ont exprimé leur émotion et leur indignation, rappelant, toutefois, que la gravité de ces faits était rarissime en France. Alors, ce nouveau scandale aura-t-il, au moins, le mérite de discuter le problème récurrent des conditions de prise en charges des personnes âgées, dans les maisons de retraites, par les services à domicile ou encore ceux de soins de longue durée ? Suite à cette affaire, la secrétaire d’Etat chargée des Aînés, Nora Berra, a notamment demandé le recensement des structures non agrées par l’Etat, ainsi qu’un renforcement des contrôles de tous les établissements. Mais où seront placés les résidents, si leur établissement ferme et que le gouvernement ne subventionne pas l’ouverture d’autres ? Et, sachant que la maison de retraite des « Colombes » avait été contrôlée, ne faut-il pas revoir les modalités de ces évaluations ? Par ailleurs, on sait aujourd’hui que la majorité des maltraitances sur personnes âgées résultent de négligences passives ; la question se pose donc de savoir si l’ensemble des établissements et services publics agréés possèdent réellement les moyens d’assurer de bonnes conditions de vie à leurs pensionnaires. Un seul exemple : difficile d’imaginer que les soignants disposent du temps nécessaire et digne, pour tout un chacun, de faire manger leurs patients, leur donner la toilette, s’en occuper toute la journée, lorsque l’on sait que les ratios de personnel sont de 0,6 pour un malade âgé en Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD)….


Anna Musso


Source :http://www.humanite.fr/2009-10-24_L-Humanite-des-debats_Personnes-agees-Pourquoi-la-maltraitance



Les « vieux » souffrent d’une discrimination sociale « banalisée »

Par Pascal Champvert, Président de l’Association des Directeurs au service des Personnes Agées (AD-PA)

 


En France, les personnes âgées souffrent de discriminations. Tandis que les discriminations sur l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, les positions religieuses, etc. sont condamnées moralement et pénalement par la société… celles sur l’âge sont totalement banalisées ! Par exemple, dans le terrible cas de l’affaire de la maison de retraite de Bayonne, on a vu à la télévision un monsieur dire : « c’est vrai, il y avait des personnes âgées attachées, mais il faut bien le faire quand elles sont turbulentes ! ». C’est de la discrimination : imaginez que l’on fasse la même chose à des enfants, tout le monde serait choqué ! Or ce monsieur a seulement dit ce que la société française pense. Il y a un mépris dans nos sociétés occidentales pour les vieux, surtout lorsqu’ils sont affaiblis, handicapés ou malades. Or, comme disait Simone de Beauvoir : « quand je ne regarde pas ce vieux qui est en face de moi, c’est mon propre avenir que je ne regarde pas, je le coupe d’une partie de moi-même ». Alors, pour bien vieillir, il faut que la société nous en donne les moyens ! La première nécessité aujourd’hui est que le gouvernement dénonce et lutte efficacement contre les discriminations faites aux personnes âgées. Ensuite, concernant l’affaire de Bayonne, il s’agit d’un cas rarissime. Si les faits sont avérés, ils résultent d’une accumulation de cupidité, de stupidité avec, peut-être, un brin de perversité. On s’émeut à juste titre de ce scandale. Mais il en existe un autre bien plus grand : la loi de Jean-Louis Borloo sur le développement du secteur des services à la personne autorise n’importe qui, sans formation, à ouvrir un service à domicile et à recruter du personnel (pas forcément qualifié) ! C’est très grave. Pour revenir à la question des maisons de retraite, suite à l’affaire de Bayonne, la secrétaire d’Etat chargée des Aînés, Nora Berra, a demandé que les contrôles soient renforcés. Mais cela ne servira à rien de contrôler trois fois plus les maisons de retraite : il faut cibler les contrôles. Aujourd’hui, la plupart ont lieu dans des établissements qui fonctionnent bien. Car les médecins inspecteurs, notamment ceux de la Sécu, passent plus de temps à surveiller la tarification et les budgets des établissements qu’à vérifier leur fonctionnement. Or, dans chaque département de France, presque un à deux établissements (soit 2 à 3% dans tout le pays) sont suspects. Ce sont ces maisons de retraite qu’il faut contrôler plusieurs fois. Parmi elles, certaines devront s’améliorer, d’autres fermer. Mais, l’un des problèmes c’est que si on en ferme une, on ne sait pas où mettre ses résidents car en France, il manque des établissements et des services à domicile. L’autre problème majeur c’est le manque de personnel à l’intérieur des établissements. Les professionnels s’épuisent et les personnes âgées ne sont pas assez aidées parce qu’il n’y a pas suffisamment de personnel. Ca n’est pas nouveau, c’est un problème récurrent. Pour toutes ces raisons, les pouvoirs publics sont moins exigeants quand ils font des contrôles, parce que s’ils critiquent une maison de retraite, les professionnels leur demandent de leur donner plus de moyens. Actuellement, nous estimons qu’il faudrait doubler le nombre des professionnels de l’aide à domicile et des établissements.


Propos recueillis par A.M


Source :http://www.humanite.fr/2009-10-24_L-Humanite-des-debats_Les-vieux-souffrent-d-une-discrimination-sociale

 


La politique médico-sociale organise la maltraitance


PAR LE DR CHRISTOPHE TRIVALLE, GÉRIATRE À L’HÔPITAL PAUL BROUSSE, AP-HP, VILLEJUIF


Selon l’association Alma France, qui a conduit plusieurs études sur la maltraitance des personnes âgées, les violences psychologiques, fi nancières et physiques ont lieu, le plus souvent, à domicile. En institution, il s’agit plutôt de négligences actives (privation des aides indispensables à la vie quotidienne : manger, se lever, s’habiller, aller aux toilettes, utilisation abusive de la contention ou de calmants…) ou passives (oubli, abandon…).


Depuis plusieurs années il existe des campagnes d’information pour lutter contre la maltraitance institutionnelle, ainsi que des programmes de formation destinés aux soignants. Pourtant, régulièrement des affaires font la une des journaux pendant quelques jours, puis sont presque aussitôt oubliées. Comment expliquer que ces situations de maltraitance se répètent en maison de retraite (EHPAD), comme en long séjour (SLD), y compris dans les services les mieux formés et les plus vigilants ? L’explication est simple : c’est la politique médico-sociale actuelle qui organise cette maltraitance par la réduction des moyens financiers et humains accordés à ces structures. Depuis vingt ans, les gériatres répètent que les ratios de personnel (infirmières et aides soignantes) par malade sont insuffisants. Le plan « Solidarité grand âge » de 2006 avait pourtant annoncé des ratios de 1 soignant pour 1 résidant. Mais, en 2009, le gouvernement est revenu sur cette promesse et annonce plutôt des ratios de 0,6 en Ehpad et de 0,8 en SLD. Ce qui est totalement insuffisant ! De plus, on assiste aujourd’hui à des marchandages afin de diminuer les moyens financiers alloués aux établissements pour personnes âgées. Ainsi, lors des nouvelles coupes Pathos (Pathos étant l’outil d’évaluation qui quantifie les maladies et les besoins de soins des patients en institution), ce qui est désormais comptabilisé, ce sont les actes réalisés et non les besoins des personnes malades ! Or, l’état de santé d’une personne âgée fragile est fluctuant  : si le risque de rechutes n’est pas pris en compte, la sous-évaluation des besoins est donc évidente. Contre ces pratiques indignes, une équipe de gériatres français, dont je fais partie, a lancé sur Internet la pétition « Personnes âgées : la coupe réglée ! » (1).


Car lorsqu’en SLD il y a 3 ou 4 aides-soignantes pour 35 malades très dépendants, il est impossible de les laver, les habiller, les accompagner aux toilettes, les faire manger ou boire correctement. Les soignants sont mécontents de leur travail, ils culpabilisent et peuvent tomber malades. L’absentéisme se multiplie, aggravant encore la situation. L’épuisement professionnel peut alors aboutir, dans certains cas, à de la maltraitance physique vis-à-vis des résidants les plus difficiles. Il est urgent de créer des emplois d’aides-soignantes et d’infirmières (avec un salaire digne) dans les maisons de retraite, les services de soins de longue durée et même les services hospitaliers de gériatrie. Et bien sûr, sans en faire porter la charge sur les malades ou leurs familles. Ce personnel doit être financé sur le forfait soins, car ces personnes âgées sont avant tout des malades, la dépendance n’étant qu’une conséquence chronique de leurs pathologies. C’est la seule façon de lutter efficacement contre la maltraitance en institution. Alors, à quand une véritable politique en faveur de nos aînés dans notre pays ?


1) Voir la pétition sur www.mesopinions.com


source : http://www.humanite.fr/2009-10-24_L-Humanite-des-debats_La-politique-medico-sociale-organise-la


Derrière la « vieillesse » se jouent les classements sociaux

Par Gérard Rimbert, docteur en sociologie, membre associé du Centre de sociologie européenne, responsable adjoint du pôle Risques psychosociaux du cabinet d’expertise Technologia.


Le regard de la société sur les personnes âgées engage plus qu’un regard sur la vieillesse. La catégorie « vieux » dissimule des jugements sociaux derrière une catégorie bien pratique, ayant pour elle la neutralité apparente du constat naturel. On sort ainsi du faux débat sur le côté péjoratif ou non du qualificatif « vieux ». Ce n’est pas l’âge en tant que tel qui est stigmatisé, mais le vieillissement des propriétés sociales. On comprend alors aisément pourquoi deux personnes nées la même année ne vieilliront pas à la même vitesse sociale si l’une perd son logement et passe quinze ans dans la rue, tandis que l’autre préside un conseil d’administration entre deux thalassothérapies. Les maisons de retraite elles-mêmes fonctionnent selon cette mécanique. Ce n’est pas l’âge (ni même l’état physiologique) qui détermine la condition des résidants. Celle-ci dépend au quotidien des possibilités de contourner les règles de vie collective : faire durer le temps des repas, être autorisé à constituer des réserves alimentaires, se rendre dans des lieux interdits. En amont, l’essentiel tient à la relation avec les employés et la direction : les traiter sur un pied d’égalité, échanger plus que des banalités, se comporter en client et non en objet manipulé. Or, que les rapports entretenus avec le personnel prennent la forme d’une interaction amicale ou qu’au contraire, ils se définissent comme une relation de service, l’âge n’a rien à voir. Un résidant s’en sortira mieux que les autres s’il porte en lui le pouvoir qu’il a pu exercer dans sa vie professionnelle, s’il a acquis une aisance rhétorique lui permettant de tenir tête, même si sa voix ne sonne plus très juste, s’il sait jouer de différentes facettes de la personnalité sociale en fonction des interlocuteurs.


L’ordre des choses ne réside pas pour autant dans la seule interaction : le réseau social détermine lui aussi fortement cette résistance au statut de reclus. Le choix initial de l’établissement en fonction de la proximité sociale pressentie avec les résidants déjà présents assurera une reconversion de l’identité culturelle dans un lieu où elle aura sa place. Une fois le placement en institution effectué, le réseau social se traduit par des visites qui génèrent deux effets décisifs. Elles apportent un peu d’air frais au résidant, qui s’informe de ce qui se trame à l’extérieur. Le reste du temps, elles sont une épée de Damoclès pour le personnel, qui ne voudra pas risquer d’être dénoncé pour son manque de bienveillance (le réseau prenant intégralement le relais quand le résidant n’est plus qu’un corps…).


De telles variables contribuent à forger des images d’Épinal : le grabataire abandonné à l’hospice, le pépère encore vert charmant les résidantes, la grande dame conversant à l’heure du thé, la grand-mère recevant ses arrière-petits-enfants. Le regard de la société sur ses vieillards n’est rien d’autre qu’une ultime mise à l’épreuve des classements sociaux ayant cours de façon plus générale : ce qui est inélégant, ce qui émeut sans faire pitié, ce qui séduit culturellement, ce qui intimide et fait craindre une réprimande.


Source : http://www.humanite.fr/2009-10-24_L-Humanite-des-debats_Derriere-la-vieillesse-se-jouent-les-classements

 


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clemence 21/12/2009 10:57


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souscrire mutuelle 07/12/2009 11:23


merci pour cette article
bonne continuation