Un hôpital innovant propose des bilans pour prévenir la dépendance

Publié le par sphab/cgt & associés

Un hôpital innovant propose des bilans pour prévenir la dépendance

 

 

Afin de retarder la perte d’autonomie des personnes âgées, l’hôpital Les Magnolias, à Ballainvilliers (Essonne), propose des examens personnalisés.Depuis la mise en place de ces bilans, l’hôpital a enregistré une augmentation de 60 % des retours à domicile après hospitalisation.


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Il y a trois ans, Ginette conduisait encore. Seule, elle empruntait même le TGV jusqu’en Suisse pour visiter sa sœur. Depuis, son état s’est dégradé. Assise face à Sylvie Veinat, diététicienne en chef de l’hôpital gériatrique Les Magnolias, à Ballainvilliers (Essonne), la retraitée de 90 ans peine à faire fonctionner sa mémoire. Les mains jointes appuyées sur sa canne, elle demande de l’aide à son fils, Henri. « Est-ce que je fais mes courses, l’interpelle-t-elle, tu le sais toi ? »


Sylvie Veinat affiche pourtant sa satisfaction. Le poids de sa patiente s’est stabilisé. La dernière fois, lors de son premier bilan, en novembre 2010, Ginette ne mangeait presque plus. 


« Vaincre la dénutrition, c’est éviter un engrenage supplémentaire, explique la diététicienne. Ne pas manger rend les personnes âgées moins résistantes face aux infections. Cela les fatigue, ce qui, par exemple, multiplie les risques de chutes. » Des cercles vicieux qui conduisent à la dépendance et que l’établissement souhaite briser.

Les aider à « bien vieillir »

Depuis 2006, l’hôpital Les Magnolias réalise de quatre à six bilans gériatriques personnalisés par jour. L’objectif : aider les seniors à conserver leur autonomie et améliorer leur qualité de vie en les aidant à « bien vieillir ». Au cours d’une journée d’examen, les patients rencontrent différents spécialistes en fonction des difficultés qu’ils éprouvent au quotidien. 


« Leur médecin traitant nous renseigne sur leur état physique et mental, détaille Valérie Bourdinaud, gériatre et responsable du pôle ambulatoire de l’hôpital. Au besoin, nous prévoyons une première consultation dans nos services, en amont du bilan. L’important est que ce dernier soit adapté pour chaque personne. »


Aujourd’hui, en plus de la diététicienne, Ginette consulte un psychiatre et un neurologue. D’autres patients viennent voir le psychomotricien, qui vérifie leur manière de marcher et leur équilibre. L’assistante sociale, elle, fait notamment le point sur les aides à domicile et la situation financière des personnes âgées. 


Enfin, l’ergothérapeute tente d’améliorer la configuration de leur domicile. « La salle de bains de nos 80 ans ne doit pas être similaire à celle de nos 60 ans, explique Valérie Bourdinaud. Il suffit par exemple de visser une poignée sur les baignoires pour diminuer de 50 % le risque de chute. »

Rassurer les seniors

Entre deux rendez-vous, les patients se reposent dans un salon aux fauteuils de cuir noir où trône une télévision, ou se restaurent dans la salle à manger. Une occasion supplémentaire de vérifier leur appétit. Surtout, l’hôpital souhaite éviter une ambiance « surmédicalisée ». « Les seniors appréhendent ces bilans et sont persuadés que nous allons les garder au sein de l’établissement, raconte la gériatre. Nous avons le souci permanent de les rassurer. »


À l’issue de la journée, un programme de soins est arrêté : conseils nutritionnels, mise en place d’accoudoirs sur les toilettes ou encore prescription de séances de kiné, une foule de suggestions personnalisées s’additionnent pour repousser la dépendance. Pour les patients dont l’état le nécessite, Les Magnolias propose également des ateliers de stimulation pour la mémoire ou l’équilibre. 


« Ce sont vraiment ces multiples conseils qui, mis bout à bout, permettent la prévention, commente la responsable du pôle ambulatoire. Pour qu’elle soit efficace, il faut jouer sur tous les tableaux. » Depuis la mise en place de ces bilans, l’hôpital a enregistré une augmentation de 60 % des retours à domicile après hospitalisation.


Pourtant, ces examens de prévention arrivent souvent trop tard. Henri en est persuadé, un bilan plus précoce aurait sûrement ralenti la dégradation de l’état de sa mère. Et Valérie Bourdinaud confirme : « Pour qu’ils soient pleinement efficaces, ces examens devraient être réalisés dès 70 ans. Or, les gens de cet âge se considèrent généralement comme jeunes et n’ont pas envie de se faire dépister. » 


Une question de mentalité, selon la spécialiste. Le vieillissement n’est toujours pas considéré comme une étape de vie, mais plutôt comme une maladie.


FRANCK BERTEAU

 


pour aller plus loin:

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Le Parti socialiste propose un «service public de l’autonomie»

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source: la-croix.com (lundi 8 août 2011)


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