Une lutte phare traînée à la barre

Publié le par sphab/cgt & associés

Une lutte phare

traînée à la barre

100113-JGT-CONTI-OF.jpgLes "6 Conti" et leur avocate, à la sortie du tribunal de Compègne le 6 septembre dernier


Trahis par leur direction et l’État, ils sont à présent dans le collimateur de la justice. Six employés de Continental, tous membres du comité de lutte, ont été condamnés pour l’exemple entre trois à cinq mois de prison. Ils font appel aujourd’hui devant la cour d’Amiens. Retour sur une lutte exemplaire

« Conti », dernier acte. Six employés de l’usine Continental à Clairoix (Oise), tous membres du comité de lutte, passent aujourd’hui devant la cour d’appel d’Amiens. Ils risquent de trois à cinq mois de prison avec sursis, et 63 000 euros d’amende, pour « destruction en réunion » et « destruction de biens au préjudice de l’État », lors de ce que le gouvernement a appelé le « saccage de la sous-préfecture de Compiègne ». Constitué partie civile, l’État veut condamner ces six-là pour tous les autres. Manière aussi de mettre l’éteignoir, dans la dernière ligne droite, sur l’une des plus belles luttes de l’année dernière. Récit.


Pourtant, Ils ont joué le jeu


Chez Continental, cela a bardé dès le début. Car, à l’origine du conflit, il y a une trahison. En 2007, la direction avait proposé un retour aux 40 heures hebdomadaires, en échange de la promesse tacite de pérenniser le site. À cette époque, l’usine roumaine de Timisoara se développe et la production baisse à Clairoix. Les 1 120 employés, qui craignent pour leur avenir, votent le retour aux 40 heures. Le 12 mars 2009, à l’annonce du plan social, ça explose d’entrée de jeu. Louis Forzy, le patron du site, reçoit un drapeau et des œufs en plein visage. Quelques jours plus tard, lors d’un comité d’entreprise, ce sont des bouteilles d’eau et des chaussures qui pleuvent sur la direction. Car, non, les « Conti » ne sont pas des tendres. Avec le temps, ils cultivent même un côté mauvais garçons, une gouaille abrasive et une faculté à mettre le souk partout où ils passent. À l’image de leur leader, Xavier Mathieu, surnommé « la grande gueule de l’année » par son compère Didier Bernard. Quand David Pujadas lui demande s’il appelle ses camarades au calme, Mathieu perd le sien. En manif devant le Medef, il se lâche contre « ce syndicat de gros enfoirés qui nous fout dehors ». Et ils sont 800 à 900 à lui emboîter le pas, à hurler d’Amiens à Paris, en passant par Compiègne ou Hanovre. Pourtant, dès le début, et malgré leur colère chevillée au corps, les « Conti » ont joué le jeu. Ils ont évité les violences, rencontré les politiques et même obtenu des gages. Jusqu’à Nicolas Sarkozy qui promet qu’il sera « vigilant au respect des procédures et au respect de la parole donnée ». Mais, à l’arrivée, après la direction, c’est l’État qui se retourne contre eux. Pour autant, les « Conti » n’ont rien lâché. S’ils n’ont pas empêché la fermeture du site, ils ont obtenu une prime de départ de 50 000 euros. Continental, qui escomptait une restructuration discount à 57,3 millions d’euros, est contraint de débourser 200 millions d’euros hors coûts de dépollution et de revitalisation.


une détermination contagieuse


Au-delà de l’aspect financier, c’est une lutte lumineuse, exemplaire à plus d’un titre, à laquelle la justice et l’État, constitué partie civile, s’attaquent aujourd’hui. Interrogés tout au long du conflit par l’Humanité, les « Conti » n’ont cessé de le répéter  : ils en sortent grandis. Lavés, bien sûr, de l’humiliation d’être de futurs chômeurs, mais pas seulement. Certains ont découvert que le syndicalisme ne sert pas seulement à obtenir des chèques vacances  ; d’autres se sont forgé une conscience politique. Si la cour d’appel confirmait le jugement, le message sous-jacent serait  : « Ne faites pas comme eux. » Mais, quel que soit le délibéré, il est déjà trop tard  : la détermination contagieuse et la lutte joyeuse des « Conti » ont laissé des traces.


Mehdi Fikri

 

 


logohuma-small-copie-1.gifArticle publié le 13 septembre 2009 sur le site  humanite.fr







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