Valréas(84) veut défendre sa maternité jusqu’au bout

Publié le par sphab/cgt & associés

 

Valréas (84) veut défendre sa maternité jusqu’au bout

 

En mai dernier, une décision de justice a autorisé la petite maternité de Valréas à rouvrir. Un nouveau sursis pour les habitants, qui se battent depuis deux ans pour le maintien de cet établissement



valreas_maternite.jpgUne maman portant son nouveau né discute avec un gynécologue, le 15 avril 2008 à la maternité de Valreas dans le département du Vaucluse (AFP/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT).


Sur le mur d’entrée de la maternité de Valréas (Vaucluse), en plein centre-ville, les habitants ont affiché leur colère sur des banderoles : « Madame Bachelot, on ne joue pas avec la vie de nos bébés et de nos mamans » ; « Résistance pour la délivrance ».

La maternité est fermée depuis le 31 août 2009. Pourtant, les locaux sont entretenus tous les jours et le matériel médical – berceaux, tables à langer… – est resté sur place. Les infirmières et les sages-femmes, elles, ont été redéployées dans les différents services, notamment dans le centre de périnatalité, à l’étage supérieur, qui compte une dizaine de personnes, dont un gynécologue. « Il n’y a que l’accouchement qui ne se fait plus, explique Liliane, une sage-femme qui travaille à Valréas depuis vingt ans. Pour tout le reste, on est toujours là. »


En août 2009, la maternité, qui comptait en moyenne 340 naissances par an, n’a pas vu son autorisation d’ouverture renouvelée par l’Agence régionale de l’hospitalisation (aujourd’hui Agence régionale de la santé – ARS). Raisons invoquées : des locaux qui ne sont plus aux normes et l’absence de continuité médicale. « En un mois, huit anesthésistes se sont succédé, ce qui représente un risque pour les patientes qu’ils suivent », explique le directeur de l’hôpital, Alain de Haro. Le départ d’un des deux gynécologues titulaires a accéléré la fermeture.


4500 personnes manifestaient en juin 2008


Depuis, le Comité de sauvegarde de l’hôpital de Valréas et un collectif d’environ 25 futures mamans sont montés au créneau. Ils ont demandé un recours auprès du tribunal administratif de Nîmes, qui a rendu son jugement le 12 mai dernier et statué en leur faveur, autorisant la maternité à ouvrir pour cinq ans. Une première victoire rapidement entachée par l’annonce de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, de faire appel de la décision.


« La ministre veut obtenir une jurisprudence stable des tribunaux administratifs pour qu’ils aient une position unique sur les conditions de sécurité », explique Dominique Gauthier, déléguée territoriale de l’ARS dans le Vaucluse. Mais cet appel n’étant pas suspensif, la maternité conserve aujourd’hui le droit de rouvrir.


L’engagement des habitants de Valréas pour leur maternité remonte à 2008, époque à laquelle sont apparues les premières menaces. Deux grandes manifestations avaient alors été organisées, le 18 juin 2008, réunissant près de 4500 personnes des environs dans cette petite ville de 10 000 habitants, puis le 27 septembre 2009.


Plusieurs « accouchements inopinés » ont eu lieu


Rapidement, de futurs papas, des membres du comité de soutien et des habitants, en tout une centaine de personnes, avaient organisé une occupation des locaux, se relayant nuit et jour pendant trois mois, d’octobre à décembre de cette année-là. « Le but était d’empêcher que le matériel ne se disperse et que les locaux ne soient réaffectés, comme ce fut le cas dans d’autres maternités », précise Alain Lachard, président du Comité de sauvegarde de l’hôpital de Valréas.


En février 2010, nouvelle étape. Les papas apportent des couches usagées dans le bureau du directeur de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) en signe de protestation.


Car depuis la fermeture de la maternité, plusieurs « accouchements inopinés » ont eu lieu, à domicile ou sur la route. Les futures mamans craignent pour leur sécurité, comme cette mère de famille de quatre enfants de Valréas, dont le petit dernier est né à la maison : « J’étais allée à Montélimar pour une visite avant l’accouchement, à J-2, raconte Cécile Bouchard. Les 90 kilomètres de route ont dû accélérer le travail car le lendemain, j’ai eu de grosses contractions. Quand j’ai perdu les eaux, j’ai compris que je n’aurais pas le temps d’aller à l’hôpital en voiture. » Le bébé est né une demi-heure plus tard, en présence des pompiers.


Constituer une nouvelle équipe médicale


Des péripéties qui ont peut-être pesé dans la récente décision de justice. « Ce n’est pas juste pour une question de confort que nous nous battons, s’emporte Nicolas Barnier, jeune papa et membre actif du collectif. Mais là, il y a un danger vital. » Surtout pour les habitants de l’arrière-pays, qui peuvent se retrouver à 1h30 de la maternité la plus proche.

 
Dominique Gauthier, de l’ARS, rappelle toutefois que depuis la fermeture, une coopération a été mise en place avec les maternités d’Orange et de Montélimar. « Il y a aussi le service des urgences de Valréas qui peut fournir un accompagnement médicalisé, poursuit-elle. On a mis en place une complémentarité. »


Problème : si, légalement, la maternité peut aujourd’hui rouvrir, encore faut-il pour cela constituer une nouvelle équipe médicale. Le directeur a besoin, entre autres, d’un gynécologue et de deux anesthésistes titulaires à temps plein.


«Si la maternité réussit à fonctionner dans les six mois, il sera difficile de la fermer à nouveau»


Le recrutement a lieu nationalement au mois d’octobre. Jacques Pertek, avocat du comité de sauvegarde et du collectif des mamans, souligne que l’embauche sera difficile tant que la situation restera précaire. Car si l’autorisation d’ouverture court sur cinq ans, il existe deux échéances qui pourraient remettre en cause cette durée.

 
En 2011, l’ARS doit établir un nouveau Schéma régional d’organisation sanitaire (Sros) qui pourrait conclure à la fermeture du service. Suivi en 2012 ou 2013 du jugement en appel demandé par la ministre de la santé. « Comment recruter des titulaires dans de telles conditions ? », s’interroge-t-il.


Pour le maire de la commune, Guy Morin, il existe tout de même un espoir. « Si la maternité réussit à fonctionner dans les six mois, il sera difficile de la fermer à nouveau. Nous avons commencé à contacter des médecins pour les convaincre de venir. Mais pour cela, il faut qu’ils trouvent un climat apaisé. » Les membres du comité de soutien ont donc décidé de mettre leurs actions spectaculaires entre parenthèses. Mardi 13 juillet, ils retireront les banderoles de protestation qui ornent la maternité.


Ève CHALMANDRIER

 


Source : la-croix.com (11 juillet 2010)


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ameli 12/12/2011 15:11

dans le cas où la maternité sera officiellement fermée, ce sont les habitants qui en payent les conséquences et non les professionnels de santé alors vaut mieux qu'ils restent en bon terme.