Vers la création de nouveaux métiers de santé

Publié le par sphab/cgt & associés

Vers la création de nouveaux métiers de santé

 

 

Laurent Hénart (UMP) préconise d'autoriser les infirmières à pratiquer des actes de médecins.


 

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A nouveaux besoins de santé, nouvelles professions médicales ? Dans un rapport remis, mercredi 2 février, au ministre de la santé Xavier Bertrand et à celle de l'enseignement supérieur Valérie Pécresse, une mission menée par le député (UMP) de Meurthe-et-Moselle, Laurent Hénart, juge "impérative" la création de métiers intermédiaires, entre médecins et professions paramédicales. Un sujet délicat, car les premiers pourraient y voir une atteinte à leurs prérogatives.


La mission propose de créer des métiers de "praticiens" en médecine générale, en chirurgie ou encore en gériatrie. Ces "professions médicales à compétences définies" travailleraient en équipe avec les médecins, selon le principe de délégation de tâches prévu par la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST). Ils se verraient chargés d'activités jusque-là réservées aux médecins, mais ne justifiant pas un tel niveau de formation. Dans une maison de santé, ils pourraient ainsi assurer des rendez-vous de renouvellements d'ordonnance ; dans un bloc opératoire, des gestes chirurgicaux simples comme les sutures.


Les problèmes de démographie médicale sont pour beaucoup dans la réflexion en cours. Le nombre de médecins est en baisse et ne devrait pas retrouver le niveau des dernières années avant 2030. Et ils sont très mal répartis sur le territoire. Or les besoins, eux, vont croissants : la population augmente et vieillit, et les maladies chroniques se développent. En outre, la médecine s'oriente désormais davantage vers la prévention.


La mission préconise comme champs d'action pour ces nouvelles professions le suivi des personnes âgées, la coordination des parcours de soins, l'éducation thérapeutique, etc. Elle ne dresse pas d'inventaire de métiers, et insiste sur la nécessité de définir nationalement et par secteurs des protocoles médicaux rigoureux, selon les besoins constatés.


Depuis des années, la question se pose d'apporter de la souplesse à un système sanitaire marqué par le cloisonnement entre le métier de médecin qui nécessite plus de dix ans d'études, et les professions paramédicales qui en demandent trois. Le rapport préconise de s'appuyer sur les métiers paramédicaux existants, et de proposer une formation supplémentaire de type master (bac + 5), soit deux années d'études en plus. Cela permettrait d'offrir aux infirmières et kinés des perspectives de carrière, et de ne pas attendre plus de dix ans, le temps de la formation d'un médecin, pour résoudre les problèmes d'effectifs.


"Demi-médecins" 

 

La France accuse sur le sujet "un certain retard", note le rapport avec diplomatie. A l'étranger, de nouveaux métiers ont émergé. Aux Etats-Unis, au Canada, en Angleterre, on trouve des "infirmières praticiennes", qui peuvent établir des diagnostics, prescrire médicaments ou examens, orienter vers des spécialistes...


La France franchira-t-elle le pas ? A l'annonce de la création de la mission sur ces métiers intermédiaires, en mai 2010, le principal syndicat de médecins libéraux, la CSMF, avait critiqué la volonté de "faire appel à des demi-médecins moins onéreux pour faire des économies". La profession est partagée : certains y voient un risque, d'autres le moyen de se recentrer sur les tâches les plus complexes, alors que les médecins sont de plus en plus surchargés, surtout dans les déserts médicaux. "Les médecins ne peuvent constater que dans certains territoires l'offre de soins fait déjà défaut, refuser toute contrainte dans l'organisation du système, et penser que le problème se réglera tout seul", juge Laurent Hénart, qui estime qu'il faut "agir vite".


Alors que la loi HPST imposait aux médecins exerçant en zone surdotée d'aller travailler quelques jours par mois en zone sous-dotée, sous peine d'amende, le gouvernement a fait machine arrière sous la pression de la profession. Une proposition de loi du sénateur UMP Jean-Pierre Fourcade permettant de supprimer cette mesure devrait être discutée dans quelques semaines.


Laetitia Clavreul

 

 

 


source: édition du 03.02.11 du journal Le Monde


 

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