Rennes (35)-Suicide, la responsabilité de l'EHESP reconnue
Rennes (35)
L'assistante de formation de l'EHESP s'était donné la mort. Le rapport d'enquête pointe la responsabilité de l'école. Une commission pour prévenir les risques est créée. Insuffisant pour le personnel.
« Vous nous parlez de justice, mais c'est d'impunité qu'il s'agit ! » « Ici, nous souffrons ! C'est important que vous en preniez la mesure ! »
C'est Jean-François Mattéi, président du conseil d'administration de l'École des hautes études en santé publique, qui forme les cadres supérieurs de la santé publique, qui est apostrophé. L'ancien ministre de la Santé comptait bien attraper son train de 17 h. C'était sans compter sur la détermination du personnel qui a bloqué la voiture qui devait l'emmener à la gare.
« Rapport accablant »
Tous attendaient des actes après les conclusions du rapport d'enquête diligenté par le comité d'hygiène et de sécurité suite au suicide d'une collègue avant Noël. « Le rapport est accablant pour la direction, commente Michel Pommeret, représentant du personnel. Le directeur après le drame avait renouvelé sa confiance à l'équipe des ressources humaines pour son professionnalisme et son humanisme. C'est tout le contraire qui est démontré dans le rapport. »
Le 15 décembre dernier, une assistante de formation à l'Ecole des hautes études de la santé publique a mis fin à ses jours. Très vite, le personnel de l'école s'était mobilisé, dénonçant « un management inhumain », demandant la démission du directeur Antoine Flahault, épidémiologiste renommé qui, hier, s'est refusé à tout commentaire. Tous savaient que leur collègue, âgée de 42 ans, vivait mal le refus de la direction de prolonger son détachement à l'école et le fait de retrouver un poste de cadre de santé à l'hôpital Ponchaillou.
Hier, durant plusieurs heures, le conseil d'administration extraordinaire s'est réuni pour comprendre et tirer les leçons. Sa responsabilité pointée du doigt, l'école a accepté de classer le suicide en accident du travail et a décidé la création d'une commission pour la prévention des risques psychosociaux. « Quoi, une commission souffrance ? Une journée pour ça ? s'insurge le personnel. Ça ne suffit pas à restaurer la confiance. Si les méthodes changent, les gens restent. On nous méprise ! »
Trois enquêtes
Il y a déjà eu deux enquêtes, une de l'école qui révélait qu'un salarié sur deux à l'école éprouvait de la souffrance au travail, celle demandée par le comité hygiène et sécurité. Une troisième est en cours de l'inspection générale des affaires sociales.
Ce mardi, le personnel doit se réunir en assemblée générale. Contact a déjà été pris avec le procureur, la famille « pour réhabiliter Laurence. On encourage la famille à porter plainte, le rapport à l'appui ».Jean-François Mattéi, après avoir échangé avec le personnel, s'est dit « préoccupé, inquiet. Il y a un problème de management et nous allons y remédier. Je suis bien décidé à ne pas lâcher l'affaire ! » Le personnel non plus.
Agnès LE MORVAN
source: ouestfrance.fr (mardi 1er février 2011)