CGT-Jean-Pierre Delannoy, un Valenciennois face à Bernard Thibault
Perçu, dans le milieu, comme étant un «ouvriériste», un syndicaliste «de la base»,
Jean-Pierre Delannoy a fait ses classes syndicales lorsqu'il était employé
à Bombardier-Crespin.
Le Valenciennois, Jean-Pierre Delannoy, vient d'être nommé par un collectif de militants pour être candidat au poste de secrétaire général de la CGT. Il incarne une première dans l'Histoire du syndicat.
A 56 ans, le Valenciennois Jean-Pierre Delannoy incarne, seul sur le devant de la scène, le malaise qu'il règne actuellement au sein de la CGT (Confédération générale du travail). Désigné par un collectif de militants opposés à la direction confédérale du syndicat, il sera en décembre prochain, le porte-voix de la branche dissidente et déçue «de la mollesse» de Bernard Thibault, l'actuel secrétaire général de la CGT, lors du 49ème congrès de la Confédération qui aura lieu en décembre prochain.
«Condamné» à entrer dans l'Histoire
Sollicité par tous les médias - lundi encore, il était au téléphone avec la chaîne M6 - Jean-Pierre Delannoy, qui se voyait davantage dans la peau «d'un porte-parole», est aujourd'hui, par la force des choses, devenu «LE» candidat à la succession de Bernard Thibault à la tête de la CGT : «C'est plus simple pour la presse en général où même pour les syndicats de parler d'un candidat. Dans leur esprit, c'est plus clair, même s'il faut savoir qu'on n'élit pas un secrétaire général mais une commission exécutive qui, ensuite, désigne le secrétaire», rappelle celui que l'on connaît en tant que responsable des trois USTM de la région (Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie).
Face à cet engouement, Jean-Pierre Delannoy avoue «prendre du recul». Et ce, même s'il est conscient d'incarner une première dans l'histoire de la CGT. Un syndicat, qui, depuis sa création en 1895, n'avait jamais proposé de duel fratricide à l'approche d'un congrès devant soit, confirmer l'actuelle direction, soit la renouveler. «Oui, tout ceci va faire date, mais ce n'est pas dans ce sens que ça a été fait» assure Jean-Pierre Delannoy, «condamné», selon lui, à entrer dans l'Histoire.
«C'est la confédération, elle-même, qui nous oblige à agir comme ça», explique-t-il. «A la CGT, nous sommes en échec sur les grands dossiers depuis une dizaine d'années». Protection sociale, retraite, RTT, salaires : «On ne connaît que des échecs depuis dix ans», répète ce natif d'Onnaing, persuadé que «les repères revendicatifs de la CGT sont trop évasifs». «Que ce soit sur la notion de salaire décent, ou sur la sécurité sociale professionnelle, allez mobiliser des millions de salariés là-dessus... Ça ne peut pas marcher... » se désespère-t-il. «Par contre, soutenir les jeunes qui souhaitent 200 ou 300 euros de salaire de plus par mois, là c'est du concret...»
Un syndicaliste de «la base»
Érigé en tant que «candidat-porte-parole» notamment, parce qu'il est «le dernier homme d'appareil de la CGT connaissant tous les rouages du syndicat» mais aussi parce qu'il est perçu comme «quelqu'un allant jusqu'au bout des choses», Jean-Pierre Delannoy se considère comme un syndicaliste provenant «de la base» : «Nous sommes les descendants du syndicalisme de classe. Et je ne suis pas convaincu que ce soit le cas de la confédération qui, eu égard, à ses orientations, semble être dans le renoncement», proche «des credos de la CFDT».
Le parcours de Jean-Pierre Delannoy
Jean-Pierre Delannoy, né à Onnaing il y a 56 ans, a entamé sa carrière dans la sidérurgie en tant que «manoeuvre» aux aciéries de Blanc-Misseron. Après un passage dans le secteur du bâtiment, il revient à la métallurgie en 1974. En 1978, il intègre l'usine ANF Bombardier-Crespin. Sur place, un prêtre-ouvrier le prend sous sa coupe, puis il devient secrétaire du syndicat CGT à Bombardier en 1980. En 1984, suite un conflit sur le site Bombardier (occupation de l'usine durant un mois), il se fait repérer par la fédération de la CGT. Depuis 2005, il est à la tête des trois USTM de la région (Union des syndicats des travailleurs de la métallurgie).
Marc-Antoine Barreau
Article publié le 30 octobre 2009 sur le site lobservateurduvalenciennois.fr